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Le p'tit mouton noir : Grandir dans la différence

Dans les privilèges d’avancer à l’âge adulte se cache parfois une compréhension et une prise de conscience sur son passé. On dit souvent que celui-ci fait de nous qui nous sommes aujourd’hui, selon comment nous avons avancé et traversé les tempêtes. Ce passage vers la vie d’adulte peut susciter également un peu de nostalgie…ou encore, ça peut nous faire réaliser nos blessures.


J’ai quelques bribes dans ma tête. À l’époque du primaire, j’étais souvent celle qui préférait dessiner au lieu de pratiquer une activité physique. Je n’avais pas une très grande estime. À l’école, la petite dernière choisie pour faire les équipes de sport, celle que personne ne veut, mais qu’on prend parce qu’on n’a pas le choix. J’avais fréquemment des idées un peu farfelues qui laissaient entendre plus de moqueries qu’autre chose. J’étais plutôt une petite artiste dans sa bulle, déjà passionnée de toutes sortes de choses. On me disait souvent être une vieille âme mature pour son âge. J’osais essayer des coiffures différentes, et j’avoue qu’au fond de moi, j’aimais bien sortir du lot. Cependant, la plupart du temps, je ne sortais pas du lot pour des raisons très positives. J’ai eu des poussées de croissance assez tôt, qui causaient des douleurs aux bras et aux jambes. Les menstruations et la poitrine qui commencent à se développer vers la 4ᵉ ou 5ᵉ année de l’école primaire. J’ai été victime de beaucoup d’intimidation et c’est à ce moment que je me suis sentie encore plus comme un petit mouton noir. J’étais pas mal la seule à qui tout ceci arrivait si tôt. C’était difficile de cacher tout ça. J’ai essayé de compresser ma poitrine avec toute sorte de choses, tout en portant des vêtements plus amples. J’aimais encore moins faire du sport, avec les fortes douleurs des règles qui étaient très peu soulagées avec les médicaments de vente libre. Pas de poubelle à disposition à côté de la toilette, seulement à côté des lavabos devant tout le monde.


Mon entrée au secondaire n’a pas été plus rose malheureusement. Je n’étais pas très jolie aux dires des autres, mais j’avais des amies qui m’appréciaient et sur qui je pouvais compter. Ma poitrine avait continué de se développer, mais encore une fois, la seule à qui cela se produisait. Je me souviendrai toujours de cette professeure d’éducation physique qui était entrée dans la salle de bain là où nous nous changions. Elle avait recommandé de nous acheter des soutiens-gorges de sport pour éviter les mouvements en bougeant. Tout le monde s’est retourné vers moi. Et ça n’a pas été long que ça avait fait le tour de l’école. J’ai également subi des attouchements de la part de deux «camarades» de classe. J’avais une certaine popularité, mais pas pour ma personnalité… Quand j’ai trouvé le courage de dénoncer, on m’a répondu que je voulais seulement de l’attention. Je n’en ai jamais reparlé à personne par la suite. J’ai continué à grandir avec une drôle d’idée de ce qu’était vraiment la normalité. J’ai bu de l’alcool très tôt, et j’avoue qu’à cette époque, j’ai vraiment aimé le sentiment d’oublier toute cette période le temps que durait l’effet de celle-ci. Ça me faisait sentir invincible et acceptée. Heureusement, je ne suis pas tombée dans le gouffre de l’alcool ou de la drogue. J’ai toutefois eu longtemps une faible estime de moi, la peur de ne pas être assez m’a envahie et stressée durant des années, et j’ai longtemps camouflé des choses pour être «comme tout le monde».


Aujourd’hui, je constate que la différence, peu importe de quelle façon elle est projetée, choque et dérange encore. Elle brise des parties de nous et notre santé mentale. Mais elle est aussi de plus en plus montrée, acceptée. Mais le plus beau à mon avis, c’est qu’elle est également une source d’inspiration pour les autres. Ça demande beaucoup de courage d'être soi-même et de sortir de sa cachette. Mais sache que peu importe ce que tu feras, tu t’exposeras au risque d’être critiqué. Prends le temps de regarder à la place tout le positif de ta différence et la force que cela t'a apporté. Regarde ton évolution et sois en fier. Ne crains pas de montrer ton authenticité. Écoute ta petite voix en dedans. Tu as le droit d’apporter ta couleur à ce monde, d’avoir ta place au soleil, d’être cette étoile qui brille.




Mérédith

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