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L'anonymat en santé mentale

Les gens accrochent des idées préconçues aux problèmes de santé mentale… Dans la rue, j’intercepte des paroles :

– X est tellement bipolaire ! » (en parlant de quelqu’un.e qui change drastiquement d’idées… comme si cela avait un lien avec la pathologie en question)

⁃ C’est schizo ce que tu viens de dire (dixit la personne qui trouve que ça ne fait pas de sens ce que l’autre raconte, mais ignore complètement ce qu’est vraiment la schizophrénie)

⁃ J’feel depress (pour dire qu’on ne se sent pas bien)

⁃ C’tun fou/une folle (cette phrase s’utilise à bien des sauces et dépendant de l’intonation cela peut être autant positif que négatif.

Bref, je capte au hasard, dans le fil des discussions qui ne me regardent pas une tonne de concepts tordus concernant les problématiques de santé mentale.


Moi, je demeure silencieuse dans ce brouhaha de bruits biaisés et négatifs. Je me cache. Mais je dois avouer quelque chose : moi aussi, malgré mes trois diagnostics, j’ai des préjugés. Plutôt un gros. Oui, je crois que l’opinion des gens s’avère inévitablement péjorative quand il s’agit de santé mentale.


J’en suis totalement convaincue.


Pour ce qui est de mes enjeux de santé physique, je suis un livre ouvert. À qui veut bien l’entendre, j’étale mes maladies ou mes petits bobos comme de la confiture sur une tartine. Pas pour me plaindre, mais parce que ça ne me dérange absolument pas d’en parler. J’ai l’intime conviction que ça normalise ce que je vis.


Pour ce qui est de mes problèmes de neurotransmetteurs ou de personnalité, là, je choisis une autre sorte de marmelade. Celle qu’on garde au frigo jusqu’à sa date de péremption. Un peu — beaucoup — par honte et à cause de cette sempiternelle peur d’être jugée.


Je ne veux pas me faire dire que je cherche de l’attention parce que j’ai un trouble de personnalité, que je suis manipulatrice et contrôlante parce que je souffre d’anorexie, que je suis paresseuse quand je sombre dans une pente descendante de mon trouble bipolaire ou que je manque de volonté parce que je ne m’en suis pas encore sortie.

Et moi, je ne veux surtout pas dire que je souffre de plusieurs pathologies… comme si une ne suffisait pas. Oh ! Combien serait grand le jugement !


Alors je choisis quelles informations je révèle et à qui je les confie. J’attends les bonnes oreilles, la belle empathie. Peut-être que le monde ne me passerait pas au tordeur si j’étais absolument ouverte sur ce que je vis, mais j’ai des doutes. Trop pour me départir de mon quasi-anonymat.


Parfois, cependant, mon préjugé est ébranlé. Je tombe sur un.e tel.le qui a aussi vécu ce que je vis ; j’aboutis sur des yeux qui me sondent et, devinant mon mal-être, me serre contre leur cœur ; je trébuche mentalement et quelqu’un.e me tend la main sans rien demander en retour ; je perds pied dans les bras de mon amoureux et me rappelle que lui n’a rien dit quand je lui ai tout déballé.


Parfois, se dévoiler est un beau risque et quitter l’anonymat, une belle récompense.


Chloé C.

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