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Le deuil de celle que je ne serai jamais



Depuis l’enfance que je vis avec ce profond déchirement : je suis beaucoup trop de ce qui ne devrait pas et je ne suis pas assez ce que la société attend de moi.


Je suis celle qui dessinait dans son cahier de notes ou qui faisait ses devoirs des autres matières au lieu d’écouter les profs pendant les cours ennuyeux. J’étais souvent dans la lune et je ne sais pas combien de fois c’est revenu dans mes bulletins comme mention.


Encore aujourd’hui, on me dit de cesser de penser en dehors des démarches établies. Que si on le fait d’une certaine façon, c’est qu’il n’y en a pas de meilleure.


Même à la mi-vingtaine, on me demande encore de parler et de rire moins fort. T’sais, je ne suis pas obligé de déranger tout le monde avec ma joie.


À l’inverse, je l’ai entendu souvent que je panique pour de mauvaises raisons, que je pleure pour un rien et que je m’irrite pour des niaiseries. Au final, c’est mon choix d’être démoralisée et anxieuse. Il relève de ma décision de vivre avec un mal-être intérieur et que je dois cesser de déranger les autres avec ça.


J’en ai des tiroirs pleins de ces discours dans ma tête.


Avec le temps, je me suis doucement retirée de ce monde qui n’est pas fait pour moi.


Je suis celle qui va se mettre en colère contre l’injustice de ce monde. Qui va faire tout en son pouvoir pour comprendre la réalité des gens qui m’entourent. Car personne ne mérite d’être pris de haut.


Je suis celle qui fait une crise d’anxiété quand je perds le contrôle de ce qui me concerne. Je suis celle qui ressent une profonde douleur lorsqu’on me fait ressentir que ma personnalité et qui je suis dérange les autres autour.


Je suis celle qui va parler. Beaucoup. Surtout lorsqu’on va soulever un sujet qui m’intéresse et dont je peux ajouter de la valeur.


Je suis celle qui va commencer une tâche et qui va être distraite en plein milieu pour finalement se retrouver à poser du papier peint dans le salon. Alors que la vaisselle va toujours attendre d’être faite depuis 10h ce matin.


C’est la réalité de qui je suis. Une femme pleine de nuances probablement trop intenses pour ce monde gris.


Et en acceptant ma réalité, je fais doucement le deuil de celle que je ne serai jamais.




Loud.





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