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La dissociation : il m’en manque des bouts


La dissociation est un des plus grands symptômes de mes troubles de santé mentale. Je n’en avais jamais vraiment ressenti jusqu’à ce que j’aie 19 ans. Certaines victimes d'actes criminels en ressentent dès l’évènement. Le cerveau oublie le dit événement, ou du moins des parties. Dans mon cas, je me souviens encore clairement de mon agression. En 2020, j’ai commencé à vivre d’intenses symptômes dissociatifs, c’est là que j’ai compris que j’avais besoin d’aide. C’est comme si mon cerveau et mon corps se déconnectaient. C’est effrayant! Mon cerveau reste coincé dans des flashbacks, mon corps est aussi tétanisé qu’au moment où j’ai été agressé. 


L’amnésie traumatique est une sous-catégorie de la dissociation, mais j’ai su seulement à 21 ans que j’en étais victime. Lorsque mon amnésie traumatique s’est dissipée, j’ai commencé à en vivre énormément. Tous les jours, je fixais le vide, je ne répondais pas, mes yeux étaient vides, j’étais bloquée dans ma tête. Je ressemblais à un zombie. Comme je l'ai expliqué plus haut, le cerveau a créé la dissociation comme mécanisme de défense, pour protéger. Dans mon cas, il a décidé d’oublier non seulement l’agression que j’ai vécu à 2 ans, mais également tous mes souvenirs d’enfance jusqu’à 12 ans, l’année où ma maman est décédée. Je n’ai donc plus de souvenirs de ma maman, entre autres. 


Cette année, à Halloween, je me suis surprise à regarder dehors. Je regardais les enfants passer dans ma rue et j’ai eu de la peine. J’ai eu de la peine parce que consciemment, je sais que j’ai passé l’Halloween chaque année avec mes parents, mais je n’ai aucun souvenir. Et cette peine-là, je la vis pour plein d’évènements de ce genre : Noël, la fête des mères, les beaux moments que j’ai vécus avec elle, les moments que j’ai vécus même avec mon papa. Rien. Je ne me souviens de rien. C’est comme si j’étais née à 12 ans. 


Depuis 2021, je déteste mon cerveau. Entre vous et moi, ma relation avec mon cerveau n’a jamais été très simple. Déjà que je suis en guerre continuelle avec lui, en plus il m’enlève les souvenirs. Les souvenirs, c’est tout ce qu’il me restait. 


Je travaille fort pour essayer de me souvenir. Je regarde des photos, parfois, j’ai des flashbacks de certains moments heureux que j’ai vécus enfant. On les honore lorsque ça arrive. J’en parle avec ma psychologue. Je demande à mon père ou ma grand-mère de me raconter des évènements ou comment j’étais quand j’étais enfant. J’ai aussi oublié beaucoup de moments de mon adolescence, des relations, des chicanes, le premier baiser, des professeurs, des amies...


Ils disent que la mémoire est faculté qui oublie… La personne qui a dit ça devait être atteinte des mêmes troubles que moi.  Mais ils disent aussi que la mémoire peut être travaillée et Dieu seul sait à quel point je travaille fort pour elle. J’espère sincèrement qu’un jour, je pourrais ravoir mes souvenirs. Parce qu’après tout, lorsqu’on vieillit, les souvenirs, c’est tout ce qui nous reste. Les beaux, comme les moins beaux. 


Les souvenirs, ce sont aussi les preuves de ma résilience. Je sais que peu importe les épreuves qui seront mises sur ma route, je serai capable de passer par-dessus, parce que je suis probablement passée par-dessus bien pire dans ma vie.


Aujourd’hui, je sais que je suis résiliente, même si je ne me souviens pas toujours pourquoi. Même si mes souvenirs sont flous, ma résilience, elle, est plus claire que jamais. 


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