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Oui, c'est dans ma tête



That is all in your head – Gorillaz


Je suis une schizophrène. Je suis même, plus précisément, une schizo-affective. Donc, oui, c’est dans ma tête. Oui, ce que j’entends, ce que je vis, ce que je ressens, c’est dans ma tête. C’est aussi dans mon cœur et mon âme. Mes émotions sont fortes et mes doutes encore plus. Mon cœur est lourd 24/7 même dans le beau temps, car après les fleurs, j’attends toujours le vase qui va assurément arriver dans ma face sous peu.


Depuis que je suis toute petite, ce diagnostic me pèse lourd. Du primaire jusqu'à la dernière semaine du secondaire, on m'a intimidée, entre autres à cause de ce trouble. Chaque jour de ma vie fût un combat entre moi, ma paranoïa et ma dépression, à savoir si je suis folle ou non. La vérité, c'est que je crois être saine d'esprit. Mais si au fond, je ne l'étais pas tant que ça ? Et si tous les doutes que la schizophrénie m'a apportés avaient eu raison de moi ? Ça expliquerait pourquoi, aujourd'hui, à l'âge vénérable de 37 ans, je suis encore affectée par tout ce que j'ai vécu, en lien avec mon diagnostic. On m'a tellement traité de folle... aujourd'hui, je n'arrive plus à recevoir le plus petit des compliments sans me mettre à avoir peur! Peur de quoi? Ben du vase qui va suivre, c't'à faire!


Parce que le problème dans tout ça, c'est que c'est une roue qui tourne. Qu'on m'insulte ou qu'on me complimente, je paranoïe, littéralement. Les voix dans ma tête s'intensifient et je n'arrive plus à démêler le vrai du faux. Et me voilà en train d'agir bizarrement, et de renforcer cette image qu'on a de moi : Je suis folle !


Une tête de schizo-affective, ce n'est pas que des libellules qui chantent et des éléphants roses qui volent. Dans la mienne, en tout cas, il y a aussi du doute, de la peine, un peu de joie, beaucoup de désespoir, et pleins pleins de haine et de colère. Et je veux bien tenter de démêler toutes ces émotions, mais sans aide, je me transforme tout simplement en un gros «melting pot» de bousculades mentales. Chaque jour, je tente de faire le ménage du mieux que je peux dans ma tête, et de faire taire le plus de petites voix possibles, dans le but d'être au moins semi-normale. Je dis «semi», car il y a longtemps que j'ai oublié l'idée d'être complètement normale. Ma schizophrénie m'en empêche, même si je me bats contre elle de toutes mes forces.


Et malheureusement, mon bobo va rester dans ma tête. J'essaie de recevoir de l'aide, de débuter un suivi, mais je semble être un cas problème. Au public, on ne me considère pas assez malade, étant fonctionnelle. Au privé, on me revire de bord en me disant que je semble être un cas trop complexe. Le CLSC ne me propose que des rencontres de groupe, alors que je suis déjà un groupe à moi toute seule. Tous les autres intervenants me crient d'aller consulter au plus sacrant!


Euh ? Allo? Quelqu'un ?


Je vais continuer d’entendre mes libellules chanter dans ma tête et vivre avec ma paranoïa, je crois bien!


France P.

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