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Laisser sa vie privée à la maison

«Le travail doit rester au travail et ta vie privée doit rester à la maison».


En théorie, c’est facile à dire. En pratique, lorsque la santé mentale entre en jeu, ces deux mondes peuvent facilement se chevaucher et devenir indissociables. Pourquoi? Et bien, car je ne peux pas laisser ma tête à la maison.



Certes, c’est différent d’une personne à l’autre, d’un diagnostic à l’autre. Dans mon cas, un TDAH et un trouble de l’humeur sont impossibles à laisser sur le pas de la porte avant de partir pour le travail. La médication aide, c’est vrai. Mais ce n’est pas un remède magique.


Lorsque j’ai une nuit d’insomnie, symptôme fréquent du trouble de l’attention et de l’hyperactivité, les neurostimulants en petit cachet sont complètement inutiles. Résultat? Je vais très certainement être perdue et surstimulée par tout ce qui m’entoure, et ce même si j’essaie fort de ne pas me laisser atteindre. Une vague d’anxiété va m’envahir pour tenter de me tenir dans mon petit carré de sable sans trop déborder… et un sentiment envahissant d’échec et d’épuisement à la fin de la journée.


Je vais revenir à la maison frustrée contre moi-même et à bout de patience de ma journée. Même si je sais que mon partenaire ne mérite pas mon état d’esprit, ce sera plus fort que moi. Je vais être entièrement vidée, incapable de faire plus que le minimum : manger et dormir.


Lorsqu’un évènement arrive dans mon entourage, ça va occuper une grande partie de mes pensées, même si ma journée de travail est occupée. Car même si je prends ma médication, je ne peux pas filtrer mes pensées intrusives comme une personne «normale». Ça va affecter mes performances. Ça va affecter mes relations de travail. Et c’est malheureusement plus fort que moi.


«Tu dois te gérer. Chaque personne a ses difficultés.»


Oui, mais non. Je suis déjà en thérapie. Je médite. J’écris presque tous les jours. Je connais plusieurs techniques pour régulariser mes émotions. Je prends trois sortes de neurostimulants et de stabilisateurs d'humeur. Certains troubles de santé mentale, dont les miens, sont ancrés dans mon ADN. Dans la composition de mon cerveau.


Je fais absolument tout en mon pouvoir pour agir aussi normalement qu’il en est attendu de moi. Car j’ai passé tellement d’années à utiliser la dissociation, le déplacement d’émotions négatives et d’autres techniques nocives… Il y a des années de développement personnel dans ma façon de vivre ma vie de façon plus positive aujourd’hui.


Alors lorsque j’entends que je dois laisser ma vie privée à la maison, je ris jaune.


Car, croyez-moi, j’aimerais vraiment ça laisser TDAH, troubles de l’humeur, choc de stress post-traumatique et trouble de l’alimentation à la maison.


Loud.

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