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Je ne donnerais pas mes troubles de santé mentale à des enfants

Comme toute jeune fille, j’ai rêvé d’être maman longtemps. En même temps, quand la société te dit que le rôle de la femme est de trouver le bon partenaire et d’enfanter, c’est difficile de faire autrement. Dans ma famille, c’était différent. Ma mère rêvait d’être grand-mère, ma grand-mère refusait d’être seulement arrière-grand-mère et, en tant que l’ainée des arrière-petits-enfants de la mère de ma grand-mère, je me mettais de la pression pour que cette dernière voie naître une 5e génération de son vivant.


Pendant des années, je me disais que je devais me dépêcher à avoir un enfant. Au point où, à 16 ans, je suis tombée enceinte et, qu’à aucun moment, je n’ai pensé à avorter. J’ai perdu le bébé tôt dans ma grossesse et je me suis sentie… coupable. Pas triste de l’avoir perdu, là est le problème. Non, je me sentais coupable de ne pas offrir cet enfant-là à ma mère et mon arrière-grand-mère. Pourtant, à ce moment-là de ma croissance, je n’avais pas les capacités de voir le problème vis-à-vis ce sentiment.


J’ai essayé d’avoir un enfant avec l’un de mes ex, sans que ça fonctionne. Encore une fois, en me mettant de la pression. J’étais anxieuse, dépressive, je voulais aller à l’université… pourquoi j’essayais d’avoir un bébé dans mon logement 2 et demi ? Quelle était l’urgence ? Encore une fois, je ne me suis pas concentré sur ce sentiment. J’avais en tête d’avoir cinq marmots qui mettraient de la vie dans un foyer, contrairement à ce que j’avais vécu dans ma jeunesse. Ici aussi est une pensée problématique. Je voulais faire un enfant pour quelle raison, en fait ?


C’est en rencontrant un homme qui ne voulait pas d’enfants que je me suis plongée dans une réflexion profonde vis-à-vis mon envie de maternité. Pas parce que je voulais être en couple avec lui et faire une croix sur mon « rêve ». Non, au contraire. Cet homme m’a fait ouvrir les yeux sur des événements de mon passé qui auraient dû sonner l’alarme dans ma tête. Je voulais un enfant pour avoir l’impression d’avoir une famille unie. Je voulais un enfant pour que ma mère soit grand-mère. Je voulais un enfant pour que mon arrière-grand-mère ajoute un arrière devant son titre. Je ne voulais pas un enfant parce que j’en avais envie. J’ai réalisé que mes épisodes dépressifs et anxiogènes ne seraient pas sains pour élever un enfant.


J’ai réalisé que j’aime trop ma routine, où je décide de ce que je fais et quand je veux le faire, pour avoir un enfant. J’aime dormir, j’aime passer du temps avec des amis… J’ai réalisé que je ne voulais pas volontairement me mettre dans la prison de la maternité, car c’est comme ça que je le voyais. Bien sûr, il n’y a rien de mal à avoir des enfants quand on le veut vraiment, quand on sent qu’on en est capable. Mais cet homme m’a fait réaliser que ce n’était pas quelque chose qui m’intéressait réellement.


Puis, je me suis mise à penser à mes troubles de santé mentale. Est-ce que je serais capable de vivre avec la culpabilité de, possiblement, donner ces gènes à un être innocent ? Mon anxiété, mes dépressions chroniques, mon TDAH, possiblement un trouble de personnalité ? J’ai fini par me dire que non, j’en serais incapable. Vivre cette douleur est une chose, savoir que tu l’as transmis à quelqu’un en est une autre. Je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas avoir d’enfants. Je ne voulais pas avoir d’enfants.

Ma mère a été déçue quand je lui ai dit, mais son départ soudain m’a soulagée, dans un sens. Elle ne vivra pas encore des années en voyant ses amies devenir des grand-mères, alors qu’elle risquait de ne jamais vivre ce sentiment, pas avec moi du moins.


Cette réflexion m’a aussi fait réaliser que la pression de la société pour enfanter est forte. Les « t’es encore jeune, tu changeras d’idée », « qui va s’occuper de toi quand tu seras vieille? » et bien d’autres commentaires déplaisants. L’ironie de tout ça, c’est que ces personnes préfèreraient que je me force à mettre un enfant au monde en risquant d’être incapable de m’en occuper, au lieu de prendre la décision mature et réfléchie de ne pas devenir mère.


La parentalité doit être un choix et quand on est atteint de trouble de santé mentale, c’est un choix qui doit être réfléchi. Moi, j’ai réfléchi et ma décision est prise.


Je n’aurais pas d’enfants.



-- Jessica

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