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Je ne comprends pas ton anxiété… et ça me tue

En 2022, l’auteure Marie-Christine Chartier publiait son roman En plein cœur de Saturne qui relate la relation d’Élise, une anxieuse, et son chum, Félix, qui ne supporte plus l’anxiété de sa petite-amie. Il a besoin d’un break, il a besoin d’espace, il étouffe. Il n'a pas le choix... ils se séparent. Pourquoi? Car il ne comprend pas son anxiété.


En 2023, j’ai perdu mon conjoint pour la même raison. Ayant un instinct de combativité puissant, il était incapable de comprendre comment je pouvais m’apitoyer sur mon sort, me rouler en boule pour pleurer toutes les larmes de mon corps, mettre en pause mes projets, ma vie, parce que les crises de panique et les pensées intrusives étaient trop intenses. Il ne comprenait pas pourquoi je me penchais toujours vers ma bouteille de Clonazepam, au lieu de faire face à mon anxiété, la contrôler. Pour lui, c’était la route facile. Il essayait de comprendre, mais il en était incapable, car il ne vivait pas ce que je vivais. Il est un humain à part entière, avec ses propres pensées, sa propre manière de fonctionner. C’est normal. Mais il me voyait agir d’une manière qui allait à contre-sens de lui et essayer de me comprendre l’épuisait.


Ça m’a pris un moment le réaliser. Trop tard, malheureusement. Je repensais à Élise et Félix dans le roman en me disant qu’il y a beaucoup d’Élise et de Félix dans ce monde… Chacun vit son anxiété différemment et nous avons tous notre propre manière de combattre les pensées qui s’infiltrent dans notre esprit au point de nous couper le souffle et faire battre notre cœur à une vitesse folle.


J’avais beau essayer de lui expliquer comment je voyais les choses, comment je vivais mon anxiété, il était incapable de comprendre, car, pour lui, ce n’était pas logique. À ses yeux, je devais foncer dans le tas, directement dans le problème, dans mon trouble anxieux, pour trouver le moyen de le contrôler et de surmonter mes épreuves. Pour moi, je voyais nécessaire le moment de recul où je vivais mes émotions, réfléchissait sur ce qui me rendait anxieuse, sur ce que je faisais de pas correct. Je reculais au lieu d’avancer et ça le tuait de me voir comme ça. Il essayait de m’aider, mais il ne savait pas comment. Il essayait de m’écouter, mais il ne savait pas quoi dire. Il essayait de me comprendre et ça le détruisait.


L’anxiété est un fardeau que beaucoup portent sur leurs épaules, tout en le déposant, involontairement, sur celles des autres. On ne voit pas nécessairement le mal que ça fait sur le coup. Quand on vit avec de l’anxiété quotidiennement, on apprend à la gérer à notre manière, mais ce n’est pas nécessairement sain ou logique pour les autres. Ronger ses ongles peut permettre à un de ne pas s’automutiler – même si c’est une forme d’automutilation – afin de déplacer le mal psychologique vers un mal physique. Sauf que c’est dégueulasse comme comportement. Jouer avec un objet antistress peut causer du stress chez les autres qui voient le geste ou l’entendent continuellement. Ce qui est bon pour nous, à court terme, n’est pas nécessairement compris par ceux qui partagent notre quotidien.


J’aimerais pouvoir dire qu’il y a des solutions miracles à ça. Qu’on peut guérir de l’anxiété. Mais ce n’est pas le cas. La médication aide, mais ne doit pas servir de béquille. Elle doit être une accompagnatrice dans le processus de contrôle. Les tics qu’on développe ne doivent pas servir à déplacer le mal, afin de l’oublier.


C’est ce que j’aurais aimé expliquer à mon ex-conjoint, épuisé par mon anxiété. J’aurais aimé lui faire comprendre ce que je ressens, même si je sais que ce n’est pas possible, car il n’est pas dans mes chaussures. Mais j’aurais aimé lui faire comprendre que je suis bien alerte à tout ça… et que je fais de mon mieux… une journée à la fois.


Je ne lui en veux pas de ne pas m’avoir compris, la majorité ne comprend pas. Mais entre anxieux, on se comprend. Entre anxieux, on s’entraide. Entre anxieux, on va réussir à passer à travers la tempête.



- Jessica Di Salvio

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